Néobanque : l’argument du temps réel

Autorisation carte

Le compte instantané, les mouvements cartes en temps réel :

On peut voir que l’argument fort de toutes les néobanques du moment c’est de parler du côté instantané des paiements : un solde bancaire actualisé après chaque paiement réalisé avec votre carte. Beaucoup découvrent cela telle une révolution dans le paysage bancaire, mais dans la réalité, ce mécanisme a déjà plus de 15 ans, et existe dans l’ensemble des établissements bancaires (y compris les Français).

Vous vous demandez peut-être pourquoi vous n’en avez jamais entendu parler ?

La raison est très simple, ces cartes sont vendues sous des dénominations commerciales diverses (Visa Electron chez Banque Populaire / Caisse d’Épargne, VPay chez Société Générale, Visa-Mastercard Online chez Crédit Mutuel/CIC, Réalys chez La Banque Postale, L’Autre Carte chez Crédit Agricole, …). Derrière toutes ces dénominations se trouve exactement le même fonctionnement que vous trouverez dans toutes les néobanques à savoir une autorisation à chaque paiement et un débit en temps réel de votre compte bancaire avec affichage de l’opération.

Ces cartes sont destinées à 2 catégories de clients :

    • Les jeunes sans historique bancaire et qui débutent avec des entrées très fluctuantes, et parfois incertaines.
    • Les clients fragiles ou qui ont une inscription en cours au sein d’un fichier détenu par la Banque de France (FCC, FICP, …).

Dans les 2 cas, la banque a donc octroyé ce type de carte car le conseiller n’avait pas les garanties nécessaires, à savoir que son client ne ferait pas de dérapage et ne dépenserait pas plus que sa situation le permet. Donc si vous n’en avez jamais entendu parler, ou que votre banque ne vous a jamais proposé ce produit, c’est bon signe, cela indique que vous présentez les garanties suffisantes pour un conseiller afin de vous délivrer une carte normale.

Ces cartes ont une image (et pas qu’en France) très négative, car ce sont des cartes punitives. Les néobanques n’ont eu d’autres choix que de travailler sur l’argument du solde instantané afin de lisser cette image et atténuer le côté punitif de ce type de carte. Toute personne peut faire une demande d’une telle carte à sa banque, le conseiller vous avisera probablement des situations délicates auxquelles vous risquez d’être confronté (citons par exemple les locations, les voyages, les distributeurs de carburant, …) mais il pourra vous proposer ce type de produit.

Pourquoi une carte normale n’affiche pas les mouvements, pourquoi le compte n’est pas débité en temps réel ?

Une carte normale ne sollicite pas d’autorisation à chaque paiement, elle va préférer un contrôle bancaire en moyenne dès 100€, mais en dessous de cette somme, elle laissera le terminal décider, et donc la banque ne sera pas avisée de votre paiement immédiatement.

Votre banque ne peut donc afficher une opération pour laquelle elle n’en a pas encore connaissance. On parle alors d’une autorisation « hors ligne », la délivrance d’un « paiement accepté » est le résultat d’un dialogue entre le terminal de paiement et la puce de votre carte bancaire.

Ce mécanisme permet ainsi d’aller très vite pour réaliser une transaction (en moyenne entre 1 et 2 secondes) et cela dans toutes les situations (même lorsque le commerçant n’a pas de connexion). La puce de votre carte (qui est en réalité un petit ordinateur) va être configurée par l’établissement vous l’ayant délivré afin de déclencher des autorisations selon des critères préétablis. Ce n’est pas aléatoire, c’est programmé et éventuellement ajusté selon votre profil de manière dynamique et transparente pour vous. Il y a un seuil par paiement en €, un seuil de paiements cumulés en €, un nombre de transactions cumulées, un délai entre votre paiement et le dernier contrôle bancaire, … ces critères ainsi que d’autres définissent la stratégie de réponse que votre carte va faire au terminal avant même bien souvent d’être sollicité pour le code PIN. Le terminal saura déjà comment va se terminer la transaction et s’il a besoin ou non de votre code PIN, d’une signature ou les deux.

Si l’autorisation est obtenue avec le concours de votre banque (on parle « d’autorisation online »), cette dernière pour autant ne va pas débiter votre solde bancaire, car elle part d’un principe simple, elle n’a pas à ingérer dans votre solde du compte tant que le paiement n’est pas finalisé. Elle vous laisse la somme sur le compte tant que le commerçant n’a pas réclamé l’argent. Elle n’affiche généralement pas la transaction car l’opération n’est pas encore contractuelle, donc l’adresse du commerçant, le libellé ou le montant par exemple ne sont pas encore des données définitives et donc non contractuelles. Cela soulèverait des questions de certains clients ne comprenant pas certains débits après avoir ajouté une carte bancaire par exemple sur un site marchand.

A quel moment sur une carte normale, ma banque est avisée du paiement ?

Que l’autorisation soit « offline » ou « online » votre banque ne traite pas dans vos mouvements le paiement que vous avez réalisé. La banque va attendre que le commerçant finalise la transaction, on parle de télécollecte. Lorsque le terminal du commerçant déclenche cette opération (généralement de manière quotidienne et de nuit), l’ensemble des autorisations obtenues entre 2 télécollectes est remonté à la banque du commerçant afin qu’elle réclame aux établissements ayant délivré les cartes l’argent qui est dû au commerçant.

Cette étape est appelée « compensation », et c’est à partir de là que les données deviennent contractuelles et que la transaction va être enrichie de données comme l’adresse exacte du commerçant où fût réalisé le paiement, le nom commercial du commerçant, le montant exact et d’autres données invisibles pour le client mais qui servent à authentifier le paiement.

Sur une carte classique, quand votre banque réceptionne l’information, elle débite alors votre compte et affiche les informations du paiement afin de vous aviser de la transaction et donc ajuster le solde de votre compte bancaire pour ce règlement. Sur les néobanques, à cette étape l’information indiquant que l’opération est en cours, est actualisée afin d’afficher que l’opération est complète.

Pourquoi après la télécollecte le compte n’est pas immédiatement ajusté ?

Une fois qu’un terminal réalise une télécollecte, il transmet les données, mais ce n’est qu’après ce transfert que débute diverses opérations. La première consiste à séparer les paiements et diriger la demande de compensation au bon établissement. Des plateformes au milieu s’occupent d’aiguiller les demandes et réclamer les fonds, on parle de chambres de compensation. Cette opération prend en général 1 jour ouvré (le samedi, le dimanche et les jours fériés on échange pas d’argent sur ces chambres), donc on ne compense pas ces jours-là. Votre banque répercute l’information à sa prochaine vacation sur votre compte, généralement les vacations pour les cartes débutent à partir de 15h et s’étendent jusqu’à minuit.

Pourquoi les banques ne mettent pas en avant ces cartes pour concurrencer les offres des néobanques ?

L’une des principales raisons est que ce type de fonctionnement (le suivi en temps réel et le solde instantané) n’intéresse pas les clients qui gèrent un budget et savent donc de tête leur reste à dépenser mensuel après les paiements. On le voit avec l’offre EKO, le Crédit Agricole a tenté de faire une réponse, mais la clientèle des banques ne répond pas. L’instantanéité des paiements carte n’intéresse pas plus les Français que ses voisins Européens car certains profitent ainsi d’un battement de quelques jours pour alimenter le compte suite à une dépense imprévue ou une rentrée d’argent à venir.

Pourquoi y a-t-il un système de double message ?

Cette question revient régulièrement dans le paysage bancaire, mais la réponse est simple, on peut avoir besoin d’une autorisation sans pour autant vouloir débiter la somme sur le compte du client.

Par exemple sur Amazon, lorsque vous ajoutez une carte où que vous réalisez une commande, Amazon contrôle la validé de la carte avec un montant de 1€. Amazon ne souhaite pas débiter la carte, mais cela permet de vérifier que la carte est valide et est en mesure de délivrer une autorisation de paiement. Ce n’est qu’à l’expédition de la marchandise que le commerçant réalise alors l’autorisation du montant réel de la commande.

Dans le quotidien c’est pareil avec un distributeur de carburant qui va demander une autorisation de 110€ sans savoir à l’avance pour combien de litres de carburant il va effectuer une distribution. On retrouve également ce mécanisme sur des distributeurs de boissons et confiseries qui vont demander 25€ et cumuleront à la fin de la semaine l’ensemble des achats pour ne faire qu’une opération.

A présent dans les transports on y arrive, par exemple à Londres, le système de métro va vérifier 1£ environ la première fois de la journée que quand vous utilisez TFL. Il cumulera vos trajets sur la journée pour débiter le montant réel, les 1£ n’ont donc pas vocation à êtres débités, il s’agit juste d’une autorisation.

Velib, Autolib et autres systèmes c’est le même comportement, les autorisations n’ont pas vocation à êtres débitées ou alors pas dans sa totalité. Si vous devez avoir recours à une location de véhicule (en vacances ou car votre assureur vous met à disposition un véhicule après panne / sinistre) vous avez généralement une demande d’autorisation de 1500€, cette somme n’est pas destinée à être débité, c’est une garantie. Le mécanisme de double message est très utile dans toutes ces situations et dans de nombreuses autres insoupçonnées de votre quotidien.

A lire également